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Mort numérique : qui hérite de vos comptes, de vos données et de votre identité en ligne ?

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Mort numérique : qui hérite de vos comptes, de vos données et de votre identité en ligne ?

Nous consacrons une attention considérable à la transmission de nos biens immobiliers, de nos placements financiers, de nos œuvres d'art. Mais qu'advient-il de nos milliers de photographies stockées dans le nuage, de nos abonnements en ligne, de nos portefeuilles de cryptomonnaies, de nos profils sur les réseaux sociaux, ou encore de notre messagerie électronique professionnelle ? La réponse, dans la grande majorité des cas, est alarmante : rien n'est prévu.

L'héritage numérique est l'un des angles morts les plus importants de la planification successorale contemporaine. En France, le cadre juridique reste lacunaire, et les assureurs n'ont que très récemment commencé à intégrer cette dimension dans leurs offres.

L'étendue méconnue du patrimoine numérique

Le patrimoine numérique d'un individu peut se décomposer en plusieurs catégories aux enjeux très différents :

Les actifs à valeur économique directe : comptes de cryptomonnaies, plateformes de vente en ligne, droits d'auteur sur des contenus numériques, soldes de portefeuilles électroniques, abonnements à revenus récurrents (chaînes YouTube monétisées, blogs professionnels, etc.).

Les actifs à valeur sentimentale ou mémorielle : bibliothèques de photographies, messageries personnelles, journaux intimes numériques, historiques de conversations.

Les actifs à valeur identitaire : profils sur les réseaux sociaux, adresses électroniques, noms de domaine, comptes professionnels.

Les passifs numériques : abonnements actifs qui continuent de prélever des sommes sur les comptes bancaires du défunt, dettes contractées sur des plateformes en ligne.

Le vide juridique français : une réalité préoccupante

En droit français, la notion de « bien numérique » n'est pas clairement définie dans le Code civil. Le règlement général sur la protection des données (RGPD) prévoit bien que les États membres peuvent adopter des règles relatives au traitement des données des personnes décédées, mais la France n'a pas encore harmonisé sa législation sur ce point de manière satisfaisante.

La loi Informatique et Libertés, dans sa version révisée, permet certes à toute personne de définir des directives relatives au sort de ses données après son décès. Mais ces directives restent peu connues du grand public, et les plateformes numériques — dont la plupart sont domiciliées hors de l'Union européenne — ne se conforment pas toujours à ces dispositions avec la diligence requise.

Par ailleurs, les contrats d'utilisation des grandes plateformes stipulent généralement que les droits d'accès sont strictement personnels et incessibles. En clair : vos héritiers n'ont, en principe, aucun droit légal à accéder à vos comptes, même s'ils en connaissent les identifiants.

L'usurpation d'identité post-mortem : un risque sous-estimé

Le décès d'une personne crée une fenêtre de vulnérabilité particulièrement exploitée par les fraudeurs. Les comptes non désactivés continuent d'exister sur les plateformes, parfois pendant des années, et peuvent être détournés à des fins malveillantes.

Parmi les risques documentés :

Les solutions émergentes : entre droit et technologie

Face à ces risques, plusieurs approches complémentaires se dessinent.

Le mandat de protection numérique : à l'instar du mandat de protection future prévu par le droit civil français, il est possible de désigner un « mandataire numérique » chargé de gérer ou de clôturer vos comptes après votre décès. Ce mandat doit être rédigé avec précision et idéalement accompagné d'un inventaire actualisé de vos actifs numériques.

Les gestionnaires de mots de passe avec option successorale : certains outils permettent de désigner un bénéficiaire qui pourra accéder au coffre-fort numérique en cas de décès, sous réserve de la production d'un acte de décès certifié.

Les clauses testamentaires numériques : bien que leur valeur juridique soit encore discutée en France, intégrer dans son testament des instructions précises concernant ses actifs numériques constitue une première étape de protection.

Les assurances émergentes pour le patrimoine numérique

Le marché de l'assurance commence à prendre la mesure de ces nouveaux risques. Plusieurs types de couvertures méritent d'être explorés :

Conseils pratiques pour organiser votre succession numérique dès aujourd'hui

  1. Réalisez un inventaire complet de vos comptes, abonnements et actifs numériques. Mettez-le à jour chaque année.
  2. Désignez un mandataire numérique de confiance et informez-le de vos souhaits par écrit.
  3. Consultez les politiques de gestion des comptes inactifs des principales plateformes que vous utilisez (Google propose par exemple un « gestionnaire de compte inactif »).
  4. Intégrez des clauses numériques à votre testament, en précisant le sort souhaité pour chaque catégorie d'actif.
  5. Rapprochez-vous de votre assureur pour vérifier si votre contrat actuel couvre les risques d'usurpation d'identité numérique post-mortem et, dans le cas contraire, explorez les options disponibles.

Conclusion

La mort numérique est un sujet que notre société commence à peine à appréhender. Entre les vides juridiques, les pratiques hétérogènes des plateformes et l'absence de culture successorale numérique, les risques pour les familles sont bien réels. Chez Arisa Assur, nous pensons que votre protection doit s'étendre à toutes les dimensions de votre patrimoine — y compris celles que l'on ne voit pas. Anticiper, documenter et assurer : tels sont les trois piliers d'une succession numérique réussie.

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